Le chemin des âmes, Joseph Boyden

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J’ai découvert ce roman lors de sa présentation à mon comité de lecture. Le résumé m’a tout de suite emballée, car j’aime les récits qui se déroulent durant la Première Guerre Mondiale. de plus, celui-ci met en scène des soldats indiens du Canada, héros peu communs des histoires de cette époque. Mais il conte aussi la dure vie de Niska, Indienne de la tribu Cree, l’un des dernières à vivre selon les us et coutumes de son peuple. Dur et puissant à la fois, le texte de Boyden est un livre dont on ressort ému, chamboulé.

A la vue des première et quatrième de couverture, on se doute qu’entrer dans ce roman ne se fera pas sans mal, ce ne sera pas une lecture joyeuse, insouciante, sereine. Car on plonge dans les traces d’un soldat de la Première Guerre Mondiale, qui revient au pays infirme, accro à la morphine, désillusionné. Alors qu’on fête le Centenaire de la Grande Guerre, le récit de Boyden tombe à pic pour se souvenir des horreurs traversées par la chair à canon, sans parachute de secours, physique et moral. Pas de filet non plus pour la tante du héros, dont les coutumes cree se perdent à cause de la domination des blancs, qui envoient les indiens dans les réserves, les obligent à parler anglais et à devenir de bons chrétiens. Les deux personnages n’ont plus que leurs souvenirs à partager, pour empêcher leurs âmes de sombrer.
Un des attraits du Chemin des âmes tient justement dans ses protagonistes : en effet, ce sont des indiens du Canada. On évoque souvent dans les romans de guerre le soldat français ou allemand, anglais bien souvent aussi, les femmes de l’arrière… mais plus rarement les autres alliés, les oubliés comme les tirailleurs sénégalais ou ici les indiens Canadiens. Avant de lire ce livre, moi-même, je l’avoue, je n’ai jamais trop visualisé ce peuple comme combattant pendant le Première Guerre Mondiale, quand même cela semble logique qu’ils y aient participé.  C’est pour ça qu’il est intéressant, car on y suit des personnages originaux, loin des clichés des récits de guerre. Et en même temps, on découvre, par la bouche de Niska, la tante de Xavier, le héros, des bribes de tradition de l’ethnie Cree et comment ceux-ci ont disparu ou se sont adaptés à la culture blanche.
C’est une autre force de la narration : des civilisations se sont vues se perdre, l’humanité envolée au profit d’une guerre sanglante ou d’une domination d’un peuple sur un autre. Il ne reste là aussi que les souvenirs pour éviter que ne s’évanouisse ce qui fait l’humain et son essence, pour ne pas oublier la déshumanisation de l’être humain, que ce soit aux tranchées ou dans les réserves indiennes. A travers la mémoire partagée des protagonistes, le lecteur prend part à ce devoir de réminiscence, vit des heures sombres et des moments plus joyeux, car au milieu de la débâcle, des pointes de lumières existent. Celles-ci sont des notes d’espoir face à un monde désincarné, désabusé, perdu.
Enfin, le style de l’auteur et la construction narrative sont d’un grand intérêt : les souvenirs se superposent au temps, en 3 jours que dure l’intrigue même, toute une vie a le temps d’émerger, d’éclore et d’exister. Grâce aux deux voix des narrateurs, on plonge à différentes époques, différents endroits, sans jamais se perdre, comme un fil d’Ariane tendu qui nous fait toujours remonter jusqu’au moment présent, quand Niska tente de sauver Xavier de la noyade mentale dans laquelle il est enfoncé. Cette profusion de souvenirs, encore une fois, tiennent le récit, le font vivre pleinement. Un peu comme le dédale des tranchées, on erre dans les mémoires de Xavier et sa tante, sans savoir quelles aventures heureuses ou funestes attendent le lecteur au prochain détour.

Réaliste et puissant, le premier roman de Joseph Boyden marque les esprits du lecteur pour un long moment. Comme Xavier qui peine à revenir d’entre  les morts qu’il a laissé derrière lui, comme Niska dernière de sa tribu évanouie, on garde la trace de cette lecture comme un poids, qui nous change et nous apprend à se souvenir.

 

adultes

Résumé éditeur :

1919. Nord de l’Ontario. Niska, une vieille Indienne, attend sur un quai de gare le retour d’Elijah, un soldat qui a survécu à la guerre. A sa grande surprise, l’homme qui descend du train est son neveu Xavier qu’elle croyait mort, ou plutôt son ombre, méconnaissable. Pendant trois jours, à bord du canoë qui les ramène chez eux, et tandis que sa tante essaie de le maintenir en vie, Xavier revit les heures sombres de son passé : l’engagement dans l’armée canadienne avec Elijah, son meilleur ami, et l’enfer des champs de bataille en France…

L’auteur :

Joseph Boyden a des origines mêlées, irlandaises, écossaises et indiennes. Adolescent il est inscrit chez les jésuites, à la Saint Brebeuf High School de Toronto. On le retrouve ensuite au Northern College de Moosonee où il termine ses études littéraires puis part pour le sud des États-Unis. Il y sera tour à tour musicien dans un orchestre ambulant, fossoyeur ou encore barman.000000000
Son premier roman, « Le chemin des âmes » (« Three Day Road »), suivait deux indiens Crees, engagés dans l’armée canadienne pendant la Première Guerre mondiale. Il a remporté le prix Amazon en 2006. Son deuxième roman, « Through Black Spruce » (« Les Saisons de la solitude »), remporte le prix Giller en 2008. En 2014, « The Orenda » (« Dans le grand cercle du monde ») raconte les guerres fratricides entre Indiens. Comme dans « Three Day Road », trois voix se superposent dans le récit. Il est également l’auteur d’un recueil de nouvelles intitulé « Born with a tooth » (« Là-haut vers le nord »).

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